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La traversée des Alpes était, pour Jean-Marie et moi, la suite logique de celle des Pyrénées. Elle ne pouvait cependant pas s'improviser de la même façon et nous réclama quatre années d'attente avant de pouvoir être réalisée. Conçue sur le même principe, à savoir un équilibre harmonieux entre randonnée et alpinisme, elle nous verra relier Wien, en Autriche, à Menton, sur les rives de la Méditerranée, au terme de 129 journées de marche. Traverser les Alpes n'est pas un exploit en soi. De plus en plus de personnes se lancent en effet dans l'aventure. Aussi avons-nous voulu nous démarquer en faisant ce voyage en autonomie complète. Hommage à Patrick Bérhault, nous avons également souhaité respecter son esprit en n'utilisant aucun moyen de transport, du début à la fin. Dans le même ordre d'idée, cette aventure a vu plusieurs de nos ami(e)s nous rejoindre sur le parcours afin de cultiver cette notion de partage qui nous est chère. A ce sujet, le site internet en aura sans doute été l'une des plus belles expressions.

Au final, tout ça fera au compteur une jolie balade de 2110km et 170.000m de dénivelé. Et, si les ascensions ont été un demi-succès, avec 44 sommets au compteur au lieu des 85 prévus, l'opération de soutien en faveur de l'association Solhimal aura été, elle, une réussite totale. Nous avions en effet décidé, en parallèle de notre marche, de récolter des fonds destinés à la rénovation de l'équipement d'une salle de classe, dans un petit village népalais appelé Basa. Au moment de rédiger ce résumé, nous atteignons 2105 euros de dons. Que vous ayiez fait partie ou non de celles ou ceux qui nous ont suivis sur notre site, je vous invite ici à vivre (ou à revivre donc) les grands moments de cette traversée pays par pays. Bon voyage !
 
L'Autriche, dans sa première partie, devait constituer un échauffement jusqu'à la Slovénie, une mise en condition progressive de nos organismes étalée sur trois semaines. Du moins l'était-ce sur le papier... Aucun de nous n'aurait pu prévoir, même dans le scénario le plus catastrophe, que nous aurions à affronter un temps aussi épouvantable dès notre sortie de Wien. Trois jours nous auront été nécessaires pour entrer dans le massif du Schneeberg, premier contrefort montagneux le long duquel s'amorce l'arc alpin. A compter de ce moment, et jusqu'à la frontière slovène, la météo ne va cesser de se dégrader. Froid, vent, brouillard, pluie et neige seront au programme des réjouissances pour ces premières étapes. Et l'échauffement de se transformer plutôt en douche froide.

Le début de cette traversée fut véritablement éprouvant. Les Niedere Tauern englobent un ensemble de petits massifs dont l'altitude moyenne est comprise entre 2300 et 2400m. C'est un véritable entrelac de crêtes et de vallées peu profondes au-dessus duquel passent les perturbations venues du nord. Au mois de mai, la neige y est encore largement présente et ce d'autant plus que l'Autriche sort d'un hiver exagérément long et rigoureux tel qu'elle n'en avait pas connu depuis... 60 ans ! Et il a fallu que ça tombe sur nous ! Aussi, dès le Schneeberg sommes nous confrontés à l'élément neigeux.

Nous enchaînons des journées épouvantables où l'orientation est rendue difficile par les conditions climatiques. Le matériel et les bonshommes sont soumis à rude épreuve et notre moral chute jour après jour suivant la même courbe que la pression atmosphérique. A l'aplomb du Sôlkpass nous sommes même contraints à stopper notre marche dans l'attente d'une amélioration. Plus tard, ce sera le Hochgolling, premier sommet important à atteindre, auquel nous devrons renoncer. Heureusement, nous trouvons avec les autrichiens des gens de coeur qui nous font oublier la dureté de leur pays. Au final, devant la persistance de ce temps désastreux, nous décidons de mettre le cap au sud, vers la Slovénie.
Jean-Marie sur les sentiers des Rax Alpe
le massif du Reichenstein
Premières neiges sur le massif du Hochreichhart
Neige à seulement 2200m d'altitude en plein mois de mai
Dans le massif du Triglav (en arrière-plan le Rjavina)
Jean-Marie au sommet du Triglav (2.864m)
Le Jalovec, "la Montagne de Cristal"
Au Tre Confine avec la carte en relief des Alpes Juliennes
Premières via ferratas sur les Karawanken

Aussi aberrant soit le détour réalisé par rapport à la logique d'une traversée de l'arc alpin, notre parenthèse slovène nous fait un bien fou au moral. On y retrouve tout ce qu'on aime en montagne : de beaux sommets sportifs qui ont la forme de vraies montagnes, une ambiance alpine au coeur d'un massif attachant et surprenant, une qualité de vie et une générosité humaine qui font plaisir à partager et, surtout, le retour du grand absent de cette aventure : le soleil ! Après l'abandon du Hochgolling, nous misions beaucoup sur la Slovénie pour donner le coup d'envoi au programme d'ascensions. A ce niveau, la récompense fut à la hauteur de nos attentes.

Les Alpes Juliennes et le parc national du Triglav possèdent un cachet absolument unique au sein de ce grand massif que sont les Alpes. Sur une très petite superficie, et pour une altitude modeste (le Triglav lui même ne culmine qu'à 2864m), les montagnes slovènes sont néanmoins impressionnantes. Un manque absolu de progressivité dans le dénivelé les fait s'élancer brutalement à l'assaut des cieux, laissant très peu de place à des vallées étroites mais à la longueur exceptionnelle. Ce sont des murs raides, aux formes parfois cassantes, rassemblés en un petit groupe abrupt à l'intérieur duquel sont taillées des vias ferratas archaïques et tracés des sentiers sportifs.

Notre incursion dans ce paradis encore préservé du tourisme de masse aurait dû être une joie mais une douloureuse tendinite me rend la vie difficile dès le second jour en Slovénie. Rageant de se tenir au milieu de telles merveilles et de ne pouvoir en profiter à sa guise. L'épisode du Jalovec restera un grand moment de souffrance et de frustration. Par ailleurs, l'enneigement incroyable complique davantage encore notre passage dans le Triglav. Le Mangart entrera ainsi dans la liste des sommets abandonnés. En tout et pour tout, nous ne passerons que cinq jours en Slovénie et emporterons la promesse d'y revenir dans le futur pour profiter plus longuement de ce petit pays où la vie est de surcroît vraiment moins chère !

Retour en Autriche pour s'attaquer cette fois a du plus costaud que lors de notre traversée des Niedere Tauern. Cette fois on pénètre de plein pied au pays des plus de 3.000m. L'hiver semble avoir fait ses valises, nous autorisant enfin à profiter un peu de ce pays résolument très montagneux et d'une superficie plus étendue qu'il n'y paraît. La neige est encore présente en abondance mais des températures estivales tendent à la faire disparaître rapidement. Dans cet état intermédiaire, nous avons plus souvent à patauger dans de la soupe qu'à cramponner sur de la glace. De ce fait, il va nous falloir pendant toute cette période adapter nos horaires de marche à ces conditions particulières.

Les Hohe Tauern concentrent les plus hautes montagnes d'Autriche au sein d'un parc national très fréquenté pendant l'été. L'essentiel du flux touristique du pays se rassemble dans ce secteur, et plus particulièrement autour du Grossglockner, plus haut sommet autrichien avec 3.798m d'altitude. Ce sera pour nous un morceau de choix très attendu avant de filer vers l'Italie. Etrangement, nous trouvons encore sur notre route bon nombre de refuges fermés. La saison ici est bien plus courte qu'en France et le goût pour la randonnée et la montagne n'est pas aussi prononcé que dans nos contrées.

Nous voyons dans cette boucle au coeur du parc une sorte de répétition avant les grandes manoeuvres glaciaires à venir plus tard en Suisse. Les Hohe Tauern sont une bonne occasion pour notre cordée de nous familiariser avec notre matériel et avec les manipulations de corde. Nous réussirons presque tous les sommets prévus au programme, à l'exception du Grossvenediger, définitivement interdit par un foehn de nord. Beaucoup d'orages également, à la faveur de perturbations violentes qui visiblement ont fait de gros dégâts en vallée. Et aussi d'interminables itinéraires de liaison sur ces abominables "fortstrasse", autrement dit, des pistes forestières s'étirant interminablement sur des kilomètres et des kilomètres.

En approche du Hoher Sonnblick
Jean-Marie sur la Stüdlgrat (ascension du Grossglockner)
Descente du Grossglockner
Attention Fortstrasse !
Sommet du Hochalmspitze, premier 3.000 mètres
Les Tre Cime di Lavaredo
Sur les via ferrata du groupe des Tofana
La Civetta ou "Paroi des Parois"
L'incroyable massif des Dolomites de Brenta
Jean-Marie dans les échelles de Brenta

S'il fallait ne retenir qu'une seule chose de cette traversée des Alpes, ce serait sans hésiter nos trois semaines dans les Dolomites. Ce que nous y avons découvert est absolument à couper le souffle. Jusqu'à ce jour, les Dolomites n'étaient pour nous qu'un nom sur une carte des Alpes, un coin de montagne en Italie à priori magnifique au regard des reportages que lui a consacré la presse spécialisée. C'est le livre de Patrick Bérhault qui nous fit prendre conscience de la dimension extraordinaire dissimulée derrière ces montagnes et, à aucun moment de la conception du projet, elles ne furent exclus de notre itinéraire.

C'est une grande impatience que nous avions de découvrir ces hauts lieux. D'autant plus justifiée que nous fuyions alors le mauvais temps autrichien. Le spectacle qui nous y attendait dépassa nos espoirs les plus fous. Qui aurait pu croire que de telles montagnes existaient en Europe ? Les Dolomites ne sont pas si connues que ça. Peu de français viennent les visiter comme en témoignent les livres d'or des refuges. Regrettable erreur. Tout amoureux de montagne ne pourra que tomber à la renverse face à la vertigineuse prestance de ces citadelles uniques. Les Dolomites sont une ode à la verticalité et à la démesure. Et n'imaginez surtout pas en venir à bout en quelques semaines !

Marchant dans les pas de Patrick Bérhault, nous écrirons les plus belles pages de cette traversée au coeur de ces forteresses minérales. En ce mois de juillet 2006, la météo est avec nous et, si ce n'est quelques orages le soir, le soleil brille une grande partie de la journée. C'est pendant cette période que nous réaliserons les plus belles ascensions : Cima Grande, Tofana, Pelmo, Civetta, Marmolada... Point d'orgue de ce voyage, les merveilles des Dolomites combleront de bonheur les deux marcheurs-alpinistes que nous sommes. Ultime feu d'artifice, le groupe des Dolomites de Brenta consacre définitivement cette incursion italienne parmi les grands moments de ce voyage. Nous filons ensuite vers la Suisse par le massif de l'Adamello.


Avec la Suisse, notre traversée montait encore un cran au-dessus. La Suisse, sur le papier, était synonyme d'ascensions glaciaires à plus de 4.000m. Nous misions sur la préparation physique spécifique de ces dernières semaines pour être en mesure de nous lancer dans ce genre d'entreprise. Alors tout y était : la forme et la motivation. Il ne nous aura manqué qu'une météo clémente pour réussir tous nos objectifs. Le mois d'août aura été catastrophique. Des perturbations se succèdent à l'infini, ne nous permettant de profiter de la montagne et du soleil que de rares, mais non moins mémorables, fois.

Nous passerons de ce fait beaucoup de temps côté italien pour tenter d'échapper à ces conditions peu agréables et devrons rayer de nos plans des objectifs aussi ambitieux que prestigieux. C'est ainsi que nous passerons à côté de l'Oberland et devrons renoncer au prometteur Finsteraarhorn. Plus tard ce sera le Cervin qui nous sera interdit. A côté de ces frustrations, nous emportons de la Suisse des images de paysages glaciaires immenses bordés par les plus hautes montagnes d'Europe. Des sommets de légende, véritables icônes de l'imagerie de l'alpinisme, trônant dans ces hautes sphères où peu d'hommes sont admis. Parmi les réussites, citons pour mémoire la Bernina, le Galenstock et le Weissmies. Et mentionnons l'inattendu passage par le massif très préservé et absolument somptueux de l'Alpe Devoro, de l'autre côté du Nufenen Pass.

Moins positif, nous garderons aussi de la Suisse le souvenir d'un pays renfermé sur lui-même, avec des mentalités peu recommandables. Les comportements humains dont nous serons témoins avaient quelque chose de triste et de choquant mêlés à l'esprit de notre voyage. Le randonneur au long cours, forcément fauché et en bivouac, est vu d'un très mauvais oeil en certains endroits et l'argent est en Suisse quelque chose de sérieux qui a tendance à fausser le contact humain. Heureusement ce n'est pas une généralité et, heureusement aussi, les visages familiers de nos ami(e)s ont commencé à venir nous rendre visite. 
Le sommet de la Bernina (4.049m) n'est plus très loin
passage glaciaire scabreux sous le Rheinwaldhorn
le Galenstock au coucher du soleil. Derniers jours de beau temps avant la tempête du mois d'août
Sur le glacier d'Hérens avec, en toile de fond, le Cervin (4.476m)
Grand moment de joie au col du Tour, à la frontière franco-suisse
Dans le Beaufortin, avec le Mont-Blanc en arrière
Les pentes sommitales du Mont-Pourri
En Vanoise avec la Grande Casse en toile de fond
Lever de soleil dans l'ascension du Mont Viso
L'arrivée dans la vieille ville de Menton

Encore loin des frontières françaises, nous imaginions nos dernières semaines sur les sentiers comme une grande détente, des sortes de vacances bien méritées qu'on passerait en roue libre, les mains dans les poches jusqu'à la mer. Mais ça ne s'est pas exactement passé ainsi. La France a eu un effet "boomerang" autrement plus difficile à endurer que les conditions climatiques ont encore été médiocres. En fait, la proximité de la fin dans nos esprits, du retour parmi nos proches, a eu tendance à ronger la motivation qui nous animait jadis. Alliés à la météo, ces éléments ont entraîné une certaine lassitude qui nous a fait accélérer dans les derniers jours.

Côté santé, une vilaine entorse à la cheville sitôt la frontière passée a de surcroît nettement influencé nos décisions. Le Mont-Blanc n'ayant pu être réalisé, nous pensons nous consoler en Vanoise. Seul le Mont-Pourri sera gravi : ma blessure rend les descentes insupportables en crampons et les conditions sur glacier deviennent très précaires à cette saison. Les Ecrins sont donc oubliés et une grande ligne droite sera tirée de la sortie de la Maurienne au Mercantour. Le Viso sera notre dernier objectif et notre dernier jour de soleil. Toute la fin de la traversée sera dominée par un automne précoce et pluvieux qui ne nous donne aucune envie de nous attarder davantage en montagne.

Ce tronçon français aura en revanche regorgé de surprises en matière de rencontres. Celles-ci finiront par nous dicter le tracé de l'itinéraire qui s'improvisera au jour le jour, sans jamais respecter ce que nous avions prévu avant le départ. Que ce soit sur les sentiers ou dans les refuges, la France nous a fêtés. De Chamonix à Menton, nous ne cesserons de croiser la route de personnes admirables qui nous proposeront leur aide de multiples façons, créant chaque fois l'occasion d'un moment de convivialité unique. Merci à tous pour cet élan du coeur qui a achevé de compléter cette belle et grande chaîne de solidarité commencée en Autriche. Dans un ultime marathon, notre traversée prend fin sur le sable de la plage de Menton. Le terminus d'une aventure incroyable, la plus longue et la plus périlleuse que nous ayons jamais entreprise. D.G.


La Grande Traversée a été notre première aventure médiatisée.  Grâce à un énorme travail de communication, notamment réalisé par notre ami Franck Merloz - par ailleurs concepteur et webmaster du site officiel de la LGT - il a été possible d'apparaître dans la presse.

Nous avons ainsi bénéficié d'articles parus dans des journées régionaux comme la Dépêche du Midi et le Dauphiné Libéré. La presse spécialisée a également suivi l'aventure. Montagnes Magazine a ainsi dressé un petit bilan dans son numéro 311 et, plus récemment, j'ai pu faire paraître un article complet dans le numéro 91 de Trek Magazine. De l'autre côté des Alpes françaises, le magazine italien Meridiani Montagne nous a consacré deux pages dans son numéro 25. Il faut savoir que la Grande Traversée, c'est aussi un livre en préparation qui sortira à l'automne 2007 (à découvrir ici) ainsi qu'une base photographique de près de 800 images disponibles à la vente, pour les particuliers ou les professionnels travaillant dans l'illustration (accès à la galerie).

Pour tout ce qui touche à l'exploitation commerciale du matériel écrit et photographique de la Grande Traversée, merci de bien vouloir me contacter par mail en écrivant à : david.genestal@gmail.com

Retrouvez également l'intégralité de la LGT sur le site officiel. Cliquez sur la bannière ci-dessous.





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