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Alors quand, au
détour d'une vire, la pente se relève pour
laisser apparaître une corde fixe dans une
cheminée sombre, notre compagnon explose. De
colère, de panique, de tout. Pour lui on prend beaucoup trop
de risques et on est des inconscients. Je décide donc de
l'encorder pour franchir ce passage, croisant les doigts pour que
derrière ce soit plus simple. Mais derrière c'est
exactement la même chose. Pour Olivier et moi, c'est un
univers familier mais, pour Laurent, c'est la conviction profonde de
risquer de mourir à chaque instant. Au pire s'attendait-il
à devoir affronter ce type de passage sur vingt ou trente
mètres. Mais là, sur cinq cent, ça le
dépasse. Alors je le guide du mieux que je peux en essayant
de rester sourd à ses commentaires parfois salés.
Je veux bien recon- naître que le rocher n'est pas de
première qualité mais bon... de là
à ce qu'il arrive quel- que chose... On arrive
malgré tout là-haut assez tard. Olivier est
déjà en train de prépa- rer un petit
abri contre le vent. Je profite enfin de la vue
dégagée sur le Mont-Perdu et le Vignemale. Plus
loin on aperçoit la Fache, le Balaïtous et
même l'Ossau. Sur notre droite, les lignes du
Néouvielle sont parfaitement distinctes ainsi que le sommet
du Pic du Midi de Bigorre. Côté sud, Cotiella et
Pineta se dévoilent. Superbe, sur fond de cou- cher de
soleil.
Mais,
pour Laurent, nouvelle
déconvenue : le paysage l'indiffère. Ce qui
l'inquiète, c'est le mur du Serre Mourène qu'on
est censé passer demain. Lui décide de ne pas
aller plus loin et d'arrêter les frais ici. Ce qui n'est pas
sans poser un problème car, à moins de faire
demi-tour, il n'y a pas d'autre échappatoire. Je suis
stupéfait de le sentir aussi ter- rorisé.
Pourtant, en vingt ans, j'ai vu pas mal de choses en montagne. J'ai vu
des gens pleurer, paniquer, pousser des gueulantes... J'ai
moi-même été amené
à guider des co- pains dans des situations difficiles et
tout c'est toujours très bien passé. Je ne
compre- nais pas son attitude en dépit des efforts que je
faisais pour le rassurer. Et, malgré mes efforts, force est
de constater que, demain matin, il faudra redescendre tout ce
qu'on vient difficilement de monter. Une entreprise bien plus
périlleuse que de simplement con- tinuer. Mais le refus de
Laurent est catégorique. Il est même
prêt à appeler les secours pour qu'ils viennent le
chercher, une idée totalement farfelue que je m'emploie
à lui faire passer. Tout ça ne va pas
être simple. Même de dormir au sommet, à
plus de trois mille mètres l'angoisse. "En plus c'est plein
de poussière", me dit-il en ralant encore. Je
finis par ne plus savoir quoi dire. Comme sortie montagne, j'ai quand
même connu bien mieux...
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