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Comme à
l’accoutumée, je jouerai mon rôle favori
de grand sherpa, car les cartilages des genoux de Dorota sont fragiles,
et il faut optimiser au maximum. J’hériterai ainsi
des deux duvets, de tous les vêtements chauds, ainsi que de
deux bouteilles d’eau minérale, car ce massif
calcaire est peu pourvu en sources. Nous savons par
expérience qu’ainsi chargés, nous
allons à peu près à la même
allure, sauf sur le plat...
C’est aux premières lueurs du jour que nous nous
réveillons, abandonnant avec un peu de regret notre
habitat providentiel. Des nuées flottent encore au dessus du
lac mais, dans une trouée, nous distinguons la cime du
Triglav, très lointaine, baignée dans le rose de
l'aurore... Ce départ très matinal est
justifié par le fait que nous avons à longer
l’intégralité de la rive sud, du fait
de notre emplacement, avant de commencer à nous
élever réellement. Nous laissons
derrière nous parkings, magasins et cafés encore
déserts, pour longer la départementale, au ras
des rives de Bohinj où sont amarrées
ça et là quelques barques. L’autre
extrémité du lac est encore plus luxueuse que la
première. On n'y trouve que jolies
résidences et Bed&Breakfast, style traditionnel, pe-
louses impeccables... La fin de la route se transforme en piste,
dépassant encore quel- ques maisons, avant de devenir un
sentier où on attaque franchement la montée.
C’est la raison pour laquelle j’ai
imaginé faire la boucle dans ce sens là : il y a
un immense ressaut de 400m de hauteur, tout en forêt,
à franchir d’une traite. C’est au centre
de ce cirque que se situe la cascade « Slap Savica
», l’une des plus grandes du pays, vers laquelle la
majorité des randonneurs que nous croisons se dirige.
D’autres, dont quelques groupes que nous dépassons
et inversement au gré des pauses, prennent la même
direction que nous. Il y a un couple d’Anglais, deux
Australiennes, et encore deux Greno- blois, ce qui nous donne un
avant-goût de la popularité du Triglav... Le
début de la montée, d’abord
généreux, laisse apparaître
progressivement des affleurements de calcaire blanc comme de la craie.
Sur la terre, encore imbibée de pluie de la veille, gisent
des faines de hêtre, vertes. La forêt est belle,
tout comme la nature slovène. Bien des lacets plus tard, les
feuillus ont cédé leur place aux
résineux et nous franchissons alors les derniers ressauts
escarpés, sécurisés ça et
là par des chaînes. Je suis vraiment admiratif des
gens qui ont jadis tracé ce sentier, au gré des
accidents de la paroi, et en forêt... Un sacré
chantier !
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