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La
nuit, comme dans tous les refuges, est ponctuée
d’éternuements et de ronflements divers et le
sommeil est
tout relatif. C’est sans peine que je guette l’aube
par la
lucarne et qu’au moment des premiers rayons, sur la terrasse
du
refuge, je suis sur le pied de guerre avec mon appareil.
L’inverse du spectacle de la veille se produit comme
escompté, en direction du panorama que j’ai
déjà décrit. Regagnant
l'intérieur,
j'aperçois ma coéquipière qui descend
les
escaliers grinçants avec une coiffure à la Bonnie
Tyler made in
Triglav !
Le thé avalé, les sparadraps posés
sous les
chaussettes, nous voici de nouveau sur le sentier, pour le jour J. Nous
redescendons une centaine de mètres et, à la
jonction,
prenons cette fois-ci vers Hribarice.
Ce nom barbare dévoile peu à peu sa signi-
fication :
l’endroit est à peu près aussi
inhospitalier que sa
prononciation. Il s’agit d’un haut col, plateau de
débris calcaires, de lapiaz crevassés
pénibles
à enjamber, sans la moindre
végétation, où
les repères sont rares et où, malgré
les cairns,
je préfère ne pas perdre de vue le cheminement
qu’ont pris ces quatre randonneurs partis juste avant nous.
Des
crissements retentissent dans un recoin, et nous apercevons deux
superbes lago- pèdes alpins.
Nous parvenons finalement à une large
échancrure, Mišeljski
Konec
col assez spectaculai- re, où la « bête
»
apparaît subitement le Triglav se redresse de toute sa
hauteur,
sa cime retenant quelques nébulosités, tel un
aileron de
requin fendant les eaux. Nous nous regardons, à
demi-effrayés : «qu’il est encore loin !».
En revanche, le cheminement, que nous observons
déjà,
nous rassure quelque peu, car il consiste en une longue
montée
progressive, à flanc de montagne,
jusqu’à Dom Planika,
le refuge situé juste en dessous de
l’arête
sommitale et dont la toiture luit au soleil. L’introduction
nécessite la descente préliminaire d’un
palier
abrupt de 200m sous le col, sur des graillères parfois
instables, et qui nous prendra un certain temps. Parvenus au point le
plus bas, à proximité d’un autre
refuge, Tržaška
Koca,
nous troquons le lourd habillement matinal contre shorts et
crèmes solaires, car désormais le soleil brille
pleins
feux sur nous et nous n’allons qu’en montant. Cette
étape est longue et monotone. Les pieds de Dorota
font mal
et nous nous arrêtons de temps à autre pour
réajuster les sparadraps. «Abandonner le Triglav ? Mais tu
es fou ! Je saignerai des pieds, mais hors de question que je le laisse
filer !». Tout est dit...
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