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Jezero na Planini
est encore un lac, un enième dans le massif du Triglav,
situé complè- tement en forêt. Une vaste pelouse
descend vers son rivage en forme de plage. L’endroit est
accueillant et fort beau, avec quelques vieilles fermes en bois
alentours. Nous nous arrêtons dans le refuge situé
à proximité pour acheter une bouteille d’eau
minérale. C’est avec encore plus de réticence que
nous nous remettons en route sur le chemin de la descente ; les pieds
de Dorota souffrent maintenant excessivement de la pente et mes
jambes commencent également à accuser le coup. Nous
parvenons à Pla- nina Blato, une nouvelle clairière
avec des fermes située un cran plus bas. A la différence
qu'une piste la dessert sur laquelle quelques véhicules sont
garés. « Je n’en peux plus ! »
s’écrie Dorota, jetant son sac, le regard éperdu
devant la longueur de la piste qu’il nous reste encore à
descendre en sous-bois pour regagner Stara Fužina... C’est alors
que retentit un pétaradement, arrivant droit derrière
nous. Le conducteur du scooter n’est autre que le vieil homme aux
jumelles. « Fatigués, hein ? ». Notre
désarroi en dit certainement long car, avant que nous ayons eu
le temps de répondre, il part s’adresser à un
groupe de trois anciens en train de charger le coffre d’une auto
avec des cageots et qu’il connaît visiblement : «
Mais montez donc ! ». Certes, une montagne n’est pas
entièrement gravie si elle n’est pas
entièrement descendue, mais nous n’en demandions pas
tant. Nous voici instantanément assis, sacs sur nos genoux,
serrés à trois derrière. « J’ai
travaillé en Angleterre », nous explique le conducteur,
dans un anglais très correct, tandis que la conversation se
lance.
Comme convenu, ils nous déposent devant le pont de Stara Fužina,
devant notre véhicule. Le Triglav nous salue une dernière
fois là haut, brillant au soleil, immensément loin. Dans
un élan de joie, nous sautons dans les bras l’un de
l’autre, savourant cet indescriptible sentiment
d’accomplissement. Nous passons le reste de la soirée
à vaga- bonder en sandales sur les rives ensoleillées du
grand lac de Bohinj. La statue du Zlatorog,
au-dessus de l’eau émeraude, regarde fièrement le
Triglav, la montagne des Slovènes. La légende dit que ce chamois d’or
immortel, gardien d’un trésor caché, porte malheur
à tous les braconniers qui tentent de le chasser. J’essaie
de me persuader que c’est lui que j’ai croisé. A
défaut d’avoir dérobé son trésor,
j’ai la certitude d’avoir adopté les montagnes
slovènes. Celles de Pologne ont beau être très
belles et me plaire aussi, quelque chose me manquait pourtant
inlassablement. Ce cocktail fait d’odeurs, de lumières et
d’authenticité tout à la fois, don que je croyais
uniquement réservé aux Pyrénées. J’ai
trouvé ici cette dose de méridionalité
qui je cherchais, qui m’a tant fait rêver durant les longs
mois d’hiver. La culture, passionnante elle
aussi, représente à mes yeux l’amalgame
parfait entre l’ordre autrichien, la décontraction
italienne et l’hospitalité slave. De là où
nous habitons, venir en Slovénie ne représente
guère plus qu’un trajet Paris-Agen en voiture. C’est
décidé, les montagnes slovènes sont
désormais à moi : ce sera ma patrie de rechange.
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