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A côté de moi, deux
Polonais à l’allure un peu « hippie
» s’installent, leurs sacs croulant
d’affaires, des cordages dépassant des fermetures.
Comme à l’accoutumée, mes
interlocuteurs sont de suite intrigués par mon accent, et
fascinés par le fait de rencontrer un français
seul dans les Tatras, nous lions rapidement connaissance. «
Vous avez eu une place ? », demandais-je. « Non, on
dort à la belle étoile ! Demain, on va escalader
Kościelec, par le côté escarpé... si on
se fait pas attraper ! » Il faut préciser que le
hors sentier est strictement règlementé et que
l’accès aux voies d’escalades est soumis
à une législation particulière
imposant, entre autres, d’être affilié
à un club d’escalade reconnu... Je
décide d’aller faire un tour dans la
prairie voisine où se situent de jolies cabanes
d’estive tout en bois, dans le style traditionnel de la
région. Certaines d’entre elles sont plus des
maisonnettes que des cabanes, car elles sont habitées.
L’une sert de station météorologique,
une autre semble être privée et j’en
vois une troisième, peinte en rouge bordeaux. Des gens
rentrent et sortent, des randonneurs. Je m’approche de
l’entrée, surplombée par un panneau
« refuge Betlejemka ». Je rassemble mes souvenirs,
car il me semblait bien avoir lu quelque chose sur Internet
à propos de cet endroit, sans arriver à le
localiser... Un homme âgé en sort et je lui
demande s’il est possible de dormir. La première
réponse est non, mais il se ravise et m’explique
qu’il s’agit d’un refuge « non
officiel », au statut un peu ambigü, servant en
priorité aux équipes de secours en montagne et,
accessoirement, aux membres des clubs alpins Polonais. Ayant menti un
peu en disant que j’étais membre d’un
club Français, cet homme qui s’avère
être instructeur d’alpinisme a gracieusement
consenti à me prêter l’unique lit dans
une pièce en travaux, pour la modique somme de 25 zlotys.
La « pièce en travaux » est en
réalité plus que confortable,
équipée d'une grande table sur laquelle
j’achève d’étendre toutes mes
affaires trempées. Je suis rejoint par une troupe de
secouristes dont certains parlent un Français approximatif,
fruit de quelques stages et courses en montagnes effectués
dans la région de Chamonix. Ils finissent par
m’inviter à aller boire une bière dans
la salle du refuge Murowaniec qui fait office de « pub
»... Nous discutons de beaucoup de sujets, parmi lesquels mes
quelques expériences dans les Tatras, y compris celle
d'aujourd’hui. J’apprends par la même
occasion que les éclairs sont l’une des causes
d’accidents mortels les plus importantes ! La
bière aidant, ces derniers me demandent aussi si je suis bon
en escalade et me proposent de me joindre à leur «
entraînement » de demain, sur je ne sais quelle
paroi d’Orla Perc. Je suis obligé de
décliner leur invitation, mon niveau d’alpinisme
faisant pâle figure... Et c’est pitoyablement que
je leur demande s’il reste des plaques de neige sur le
versant opposé d’Orla Perc, là
où passe la via ferrata. « Je ne vois pas de quoi
tu parles », me dit l’un d’entre eux en
se creusant la tête. « Tu veux parler du sentier
pour touristes ? Mais bien sur que ça passe ! » 22
heures, les traits se tirent sur tous les visages, y compris le mien et
tout le monde regagne Betlejemka. Le sommeil ne tarde pas à
gagner mon cerveau, juste après mes jambes.
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