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carte géographique de l'Egypte
Départ annulé à l'aéroport de Lyon
Détail d'un hyéroglyphe du temple d'Horus
Canot dans le golfe d'Aqaba

Qu'on le veuille ou non, l'Egypte fait partie de ces pays auréolés de légendes et de mystères qui nous font rêver depuis les bancs de l'école. Le cinéma et la littératu- re s'en sont emparés pour l'exhalter davantage encore et nous donner matière à enflammer notre imagination. Pour des raisons variées, l'Egypte déchaîne les pas- sions et peu nombreux sont ceux ne pouvant secrètement avouer n'ayant souhai- té s'y rendre dans leur vie. J'appartenais à cette catégorie de personnes, fasciné depuis l'enfance par l'énigme cosmologique des Pyramides, par cette pléïade de dieux tout-puissants épaulant les pharaons au cours de leurs règnes. La force de ce rêve s'est pourtant heurtée à une réalité très éloignée des images léchées et du mysticisme propagés par les reportages et les magazines. Si l'Egypte reste une destination incontournable pour tout voyageur qui se respecte, elle n'est finale- ment pas une priorité. En fait les bonnes surprises sont pour la plupart là où on ne les attend pas dans ce pays.

Comme vous pourrez bientôt vous en apercevoir à travers le récit des coulisses de notre voyage, nous avons eu tendance avec le temps à oublier volontairement  les sites con- sidérés comme majeurs pour nous attarder dans l'arrière-pays égyptien, pour l'instant épargné par la fièvre touristique sévissant dans le reste du pays. Dans le Lonely Planet il est précisé que Louxor, l'ancienne Thèbes elle-même, est aujourd'hui la capitale du har- cèlement touristique en Egypte. Un qualificatif pour lequel il semblerait que nombre d'au- tres villes soient en train de se disputer à l'heure actuelle. Ce qui a la facheuse tendance de rendre tout déplacement éprouvant dans le meilleur des cas et, dans le pire, de tout simplement gacher la visite. Présenté comme un acte de la vie quotidienne dont il est préférable de s'amuser plutôt que de s'offusquer, la négociation de chaque chose peut très vite rendre la vie difficile au voyageur indépendant ne parlant pas l'arabe. A côté de ça, la vie à l'égyptienne recèle des facettes croustillantes et le pays s'offrira à ceux qui délaisseront les fastes de l'Ancienne Egypte pour des régions où la sérénité est reine, tant chez les êtres humains qui les peuplent que dans les paysages qui les constituent. Dans ce résumé de vingt jours de voyage, découvrez les qualités et les défauts de ce pays de légende aux deux visages. Une façon également d'apporter un autre regard sur cette Egypte toujours irréprochable. D.G. 
sous-titre le Caire
Le Caire n'a pas toujours été la capitale de l'Egypte. Au sud des méandres du delta du Nil, elle concentre aujourd'hui toutes les activités politiques, économiques et intellectuelles du pays. Plus de vingt millions d'habitants se bousculent dans ce rassemblement hétéroclite de quartiers victoriens, populaires, antiques et médié- vaux qui fourmillent d'activité de jour comme de nuit. Nous n'y avons fait qu'un passage éclair principalement autour du centre-ville.

On n'est même pas encore sorti de l'aéroport qu'on fait déjà connaissance avec le "sens des affaires" égyptien : le bureau de change nous a gentiment reversé l'équivalent de 400$ au lieu des 400€ que j'avais donné. Et moi qui est signé le bon pour accord avant de l'avoir remarqué... Quel âne ! Au moins, nous voici tout de suite dans le vif du sujet. A l'extérieur de l'aéroport la température nous saute au visage à la même vitesse que les chauffeurs de taxi. J'ai la désagréable sensation d'être pressé de toute part, plongé dans une mêlée dont je ne sortirai pas gagnant. On abdique, prêt à dire oui à tout ce qui ne semble pas trop exagéré pour pouvoir rejoindre le centre-ville. La circulation est dense mais pas aussi incroyable que j'aurais cru, en dehors de quelques points névralgiques où la folie devient ordinaire. L'effervescence de la capitale égyptienne est encore plus palpa- ble la nuit. Dès que la nuit efface le jour, une nouvelle vie semble animer la ville grouillant dès lors de piétons, de marchands, de véhicules ou de charrettes plus qu'à l'accoutumée. Hommes et femmes se mélangent, entre vêtements à la mode et tenues plus conserva- trices, se rassemblant dans les souks nocturnes, les boutiques et les échoppes, mais aussi les aiwa, ces petits cafés où l'on déguste un chai (thé) et où l'on fume la chicha en se laissant porter par le rythme de la vie urbaine cairote. Les habitants sont prompts à intercepter l'étranger un peu perdu, mais méfiance ! Derrière un sourire de façade se dis- simule malheureusement trop souvent une subtile manigance pour l'obtention de quelques livres. L'Egyptien n'est ni à court d'imagination, ni de comédie, pour gentiment escroquer le touriste naïf ! Une ville au final incroyable dont il ne suffit pas de quelques jours pour en apprendre à tirer les ficelles. 
les immeubles de Talaat Harb
taxi sur Midan Tahrir
Midan Talaat Harb
le Musée Egyptien by night
Emilie et un parfumeur du Caire
les Pyramides de Gizeh
Emilie dans un sarcophage de pierre
le Sphinx
le Caire au-delà du plateau
la police touristique en plein travail
sous-titre Pyramides
Peut-on venir en Egypte sans passer par les pyramides ? C'est la question que j'ai eu envie de me poser en atterrissant au Caire. Et avant de repartir j'en ai conclu que ce n'était pas possible. Les pyramides de Gizeh agissent comme un aimant sur le visiteur. C'est magnétique, au même titre que tous les sites et monuments mondialement célèbres. Et pourtant le charme et la magie sont loin d'être au ren- dez-vous, parasités par facteurs extérieurs dont on ne peut ignorer la présence. Un comble pour ces rescapées des merveilles du monde vulgairement jetées en pature à un tourisme de consommation massive.

Censée être le moment fort d'un voyage en Egypte, la visite des Pyramides en individuel peut vite prendre des allures de parcours de combattant. Le portail d'entrée n'est pas encore franchi que, déjà, les loueurs de chameaux et de chevaux, à l'affût, tentent de faire s'arrêter le taxi dans lequel nous sommes montés. Il faut donner de la voix pour les faire lâcher prise, autrement dit griller de cette précieuse énergie qu'on aimerait garder pour la contemplation du lieu plus tard. Viennent les pseudo-guides gouvernementaux qui veulent vous décourager de parcourir le site à pied. Après plus d'un quart d'heure de lutte, c'est le répit. On peut lever enfin la tête vers ces étranges constructions, fermer les yeux pour s'imaginer ce qui a été nécessaire pour les bâtir, faire abstraction du bruit, de la proximité étouffante du Caire à l'horizon, de ces hordes de chameaux aux déguise- ments folkloriques qu'essaient de nous vendre sans relâche ceux qui les montent. Ils ar- pentent le site, guettant les touristes isolés pour les suivre jusqu'à ce qu'ils craquent. Et si ce n'est pas eux c'est la police touristique galopant après des backchiches pour un oui ou pour un non. Ereintés par la chaleur et le harcèlement, on trouve refuge dans les ruines d'un temple près de Mykérinos. Autour de nous, toujours autant d'ordures, rame- nées autant par le vent que par les touristes. Je trouve ça scandaleux, irrespectueux. Comment peut-on laisser un lieu autant chargé d'histoire se faire gangréner par un aspect purement commercial ? Déçus, c'est à peine si on jette un oeil à la face du Sphinx qui sert de nichoir aux pigeons. Le rêve en a pris un coup cet après-midi...

Pour échapper à la vie turbulente du Caire, rien ne vaut de descendre le long du Nil jusqu'à l'ancienne Nubie et la charmante ville d'Assouan, célèbre pour ses deux barrages qui ont permis la création du gigantesque lac Nasser. Un endroit idéal pour s'essayer à la navigation sur une felouque et, d'une manière générale, pour se laisser bercer par le rythme du Nil. En revanche, le sud de l'Egypte est aussi le lieu de tous les extrêmes en matière de température. Au mois de juin, en plein été, le mercure monte parfois jusqu'à plus de 55° ! Une bonne excuse pour des heures de farniente sous la fraîcheur artificielle d'une climatisation.

Venir d'une traite à Assouan en venant du Caire constitue un sacré voyage de plus de 17h dont on sort relativement secoué. L'expérience du chemin de fer égyptien reste ce- pendant intéressante et économique quoique fraîche et parfois odorante ! Partis à 22h de la capitale, nous quittons le quai d'Assouan à près de 15h sous un soleil de plomb. Je n'ai pas d'idée précise de ce que nous allons faire ici : Abou Simbel est loin et notre timing est serré. On opte pour une découverte du Nil et des environs de l'île Eléphantine. On attire sans attendre les capitaines de felouques au chômage technique, basse saison touristique oblige. "Good price, good price", nous rassure-t-on. Et quand on ne nous vend pas du bâ- teau, ce sont des promenades en calèche ou du haschich. J'adopte la stratégie de l'an- guille et on se rend sur l'île par nos propres moyens. Des habitations nubiennes aux cou- leurs pastels s'y regroupent dans un dédale de petites rues étroites et chaudes. Des manguiers aux proportions démentielles y dispensent une ombre bienvenue. C'est là qu'on croise Ahmed, un capitaine nubien à l'amabilité bienvenue et à qui on décide de faire con- fiance le temps d'une excursion en bâteau sur le Nil en direction de la première cataracte. Ce qui nous surprend c'est la luxuriance de la végétation de part et d'autre du fleuve. Un berceau de vie où les locaux viennent échapper à la canicule le temps d'une baignade. Car, jamais très loin, le désert et sa fournaise guettent l'impétueux qui oserait s'y aventu- rer. Lieux de villégiature rapidement adaptés à la demande touristique, de charmants pe- tits villages s'égrènent sur les berges, vendant de l'artisanat et offrant des boissons fraî- ches aux visiteurs assoiffés. Assouan aura vraiment pour nous rimé avec apaisant.
Vue nocturne du Nil
Felouques et navires attendant près de l'île Elephantine
les petites filles d'Ahmed, notre capitaine
le crocodile, l'animal de compagnie nubien
avec Ahmed, notre capitaine
entrée du temple d'Horus
un faucon géant garde l'entrée
je te rencontre enfin Horus !
Belle ambiance à l'intérieur du temple
détail des hiéroglyphes
sous-titre Edfou
La plupart des villes d'Egypte n'ont pas grand-chose à proposer au visiteur éven- tuel en dehors de leurs sites antiques. C'est le cas d'Edfou, petite ville nichée au bord du Nil, entre Assouan et Louxor, qui abrite le temple d'Horus, une construc- tion intime et en excellent état et qui demeure comme l'un des endroits m'ayant procuré le plus de satisfaction. Comme pour beaucoup de destinations, s'y rendre par ses propres moyens peut s'avérer plus contraignant qu'en choisissant la faci- lité d'une agence. Nous l'avons une fois encore expérimenté.

Il n'y a pas si longtemps encore, tout étranger se déplaçant en Egypte en dehors des cir- cuits organisés se voyait gentiment invité à rejoindre des "convois" sous escorte policière. Un zèle parfois pénible, fruit des séries d'attentat ayant frappés le pays au cours des der- nières années. Aujourd'hui la pression se relâche petit à petit, ce qui n'empêche pas les autorités de prendre des initiatives à l'encontre des touristes selon leur propre bon vouloir. Le nombre d'étrangers par bus ou par train peut ainsi être limité. Ou même cer- tains trains peuvent tout bonnement être interdit. C'est ce qui aurait pu nous arriver si nous n'avions pas contourné le règlement. Ce qui nous a permis d'atteindre Edfou à la mi-journée et d'y rencontrer deux militaires entreprenants qui collaient Emilie de beaucoup trop près pour que ce soit honnête. L'image de la femme blanche en Egypte est celle d'une femme facile. C'est surtout, pour des hommes musulmans, une opportunité de con- tourner la loi les empêchant d'avoir des relations sexuelles avec une femme musulmane. Aussi faut-il se montrer ferme et vigilant. Après bien des déboires, nous franchissons né- anmoins le premier portique du temple. Plus modeste que d'autres chantiers pharaoniques, le sanctuaire d'Horus, le dieu-faucon, peut se vanter d'être le mieux préservé d'Egypte. Et ça se remarque lorsqu'on franchit le premier pylône, haut de 36 mètres, où qu'on pénètre ensuite dans l'obscurité de la seconde salle hypostyle, superbement mise en relief par d'intelligents jeux de lumière. Le temple fut achevé par Ptolémée XII qu'on aperçoit à plu- sieurs reprises aux côtés d'Horus et c'est Auguste Mariette qui en entreprit la mise à jour au milieu du XIXème siècle, soit près de 2000 ans après sa construction !
sous-titre Louxor
Après les pyramides de Gizeh, Louxor est la seconde destination touristique par excellence. On parle de splendeur, on évoque le patrimoine millénaire, la gloire des grands pharaons, la magnificence de la Thèbes antique... Pourtant aujourd'hui Ramsès, Thoutmosis ou Toutankhamon ne sont plus que des pantins dont le sou- venir est maintenu artificiellement pour assurer le bon fonctionnement de l'écono- mie du pays. Louxor, c'est pour beaucoup le clou du voyage. Pour nous, ce n'est ni plus ni moins qu'une gigantesque attraction, un Disneyland de l'égyptologie. Une déception supplémentaire sur notre route.

Sur un strict plan de possibilités d'excursions tournant autour de l'histoire de l'ancienne Egypte, Louxor est incontournable. C'est là ni plus ni moins que ce sont écrites les plus grandes pages de l'égyptologie. La fameuse Vallée des Rois et ses innombrables tombes sont juste là, à quelques kilomètres sur la rive occidentale du Nil. Des équipes d'archéolo- gues se relaient encore aujourd'hui, des années après Howard Carter, pour continuer à faire des découvertes. Un creuset pour la science, une montagne d'or pour l'Egypte, qui voit chaque année affluer des centaines de milliers de visiteurs. Ici tout est prétexte à obtenir de l'argent, tout se vend, se trouve et se négocie. Impossible de faire deux pas dans la rue sans voir accourir ici un conducteur de calèche, là un pilote de bateau, der- rière soi un chauffeur de taxi, de l'autre côté de la rue à vendeur de circuits touristiques. Ca n'arrête jamais et c'est fait souvent de manière insistante, limite agressive. On sourit une fois, deux fois, trois fois, dix fois... Mais au bout d'un moment notre seuil de toléran- ce est atteint et tout sourire disparaît. Alors l'autre s'indigne, ne comprend pas, nous dit qu'on n'est pas aimable... Même le plus affable des égyptiens respire l'escroquerie car nous ne sommes finalement que des touristes, autrement dit des porte-monnaies ambu- lants. A aucun moment nous n'avons senti la chaleur humaine, l'intégration, la curiosité. Non. Seulement un détestable intérêt pour cet argent dont on dispose certes mais que ces manigances sournoises pour en voir la couleur finissent par nous conduire à éviter tout contact avec la population. Une déception avec un grand D.
felouques attendant sur le Nil
les livres égyptiennes : une fausse richesse
couleurs du couchant sur les murs du temple de Louxor
l'allée des Sphinx du temple de Louxor
conducteur de calèche

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