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les colonnes du temple de Louxor
statue colossale du temple de Louxor
détail d'une fresque au temple d'Hatshepsout
Emilie dans la grande salle hypostyle du temple de Karnak
obélisque dans le temple de Karnak

A côté de tous les désagréments générés par la vie à Louxor, on ne peut pas igno- rer que quelques uns des sites parmi les plus monumentaux découverts en Egypte sont rassemblés ici, de part et d'autre du Nil. De la Vallée des Rois au temple de Karnak en passant par les temples de Medinet Habou ou de Deir al-Bahri, la tête finit vite par tourner au visiteur lancé sur une découverte exhaustive de tous les sites de Louxor. Il faut savoir faire des choix, à moins de disposer de beaucoup de temps et aussi de beaucoup d'argent ! Nous avons choisi pour notre part trois temples : Louxor, Karnak et Hatshepsout.

La photographie est strictement interdite dans les tombes de la Vallée des Rois sous peine de confiscation de l'objet. Plutôt frustrant quand on est photographe me direz-vous. Et puis les droits d'entrée dissuasifs et la perspective d'affronter encore une armée de ra- batteurs nous incitent vite à écarter cet énorme site de notre agenda très serré déjà. On commence de nuit par le temple de Louxor qui ne se révèle vraiment qu'une fois le jour tombé. Car il faut reconnaître qu'enserré dans l'agitation urbaine de Louxor, il ne paye sinon pas de mine. Idem pour Karnak, l'une des constructions les plus colossales de toute l'Egypte, mais que la restauration défaillante ne permet pas de valoriser en dehors du spectacle son et lumière. Restent des dimensions qui donnent le vertige : site de 1,5 km de long sur 800 mètres de large, enceinte de 260.000 m², grande salle hypostyle de 134 colonnes étendue sur 6.000m²... Un génie architectural qui force l'admiration malgré une exploitation jusqu'à la corde. Côté occidental, on a choisi Hatshepsout, une structure u- nique prolongeant le calcaire chauffé à blanc de la falaise. Trois splendides terrasses sou- lignées de colonnades latérales s'étirant au soleil. Hatshepsout fut l'une des rares femmes pharaons, qui dût assurer la régence le temps que Thoutmosis III son fils soit en âge de le faire. Beaucoup de détails de ce temple ont été vandalisé par les propriétaires successifs qui ont voulu effacer toute trace de leurs prédécesseurs. Mention spéciale aux Romains, à l'origine de la dégradation de nombres de sites égyptiens. Ci-dessous un panoramique du site, également appelé temple de Deir al-Bahri.
le temple d'Hatshepsout 
Après onze jours de voyage, il était temps de quitter le nid à touristes de la vallée du Nil pour prendre le chemin de la péninsule du Sinaï, une destination elle aussi très courue pour ses eaux coralliennes qui font le régal des amateurs de plongée. Parmi les villes les plus connues se trouve Sharm el-Sheik, tristement célèbre pour les attentats sanglants qui y ont été perpétrés en 2005. Nous avons préféré nous rendre directement à Dahab, plus calme et plus roots. Encore que depuis les dernières années, Dahab soit en train de perdre ce qui faisait son charme suite à une fréquentation accrue et à un bétonnage du littoral en plein essor.

Le vent marin souffle quasiment sans interruption, m'obligeant à tenir ma casquette vissée sur la tête. Une bénédiction après ces jours passés de fournaise. Le bleu marin du large s'étire au-delà de petites ceintures de récifs peu profondes à la couleur turquoise hypnotisante. Au large, les reliefs montagneux de l'Arabie Saoudite sont nettement visi- bles tandis que, derrière nous, les roches dénudées des montagnes du Sinaï semblent former une barrière impénétrable vers les espaces hostiles du désert. Le quartier commer- cial de Dahab s'étend quant à lui le long d'une petite baie arrondie où camps et restau- rants ont pignon sur mer. Ici nous sommes sur le territoire des explorateurs des hauts-fonds de la Mer Rouge. Plusieurs spots donnent accès à l'incroyable richesse sous-marine du golfe d'Aqaba, mondialement célèbre pour les écosystèmes établis autour de ses récifs plongeant parfois jusqu'à 80 mètres de profondeur. Raies mantas, barracu- das et plusieurs espèces de requins ont trouvé refuge dans ces eaux requérant un niveau de pratique important. Pour ceux que les grands fonds terrorisent, on peut envisager le snorkeling : seulement équipé d'un masque, d'un tuba et de palme, il est déjà possible d'avoir un bref aperçu de cette vie animée et colorée qui se tient là, juste en-dessous de la surface. Dahab est un endroit agréable pour la farniente, à ne rien faire d'autre que d'attendre sur les coussins d'un patio bédouin. Le soir venu, on se laissera tenter par les boutiques d'artisanat qui jalonnent l'artère principal ou bien on ira fumer une chicha avec les vagues et les étoiles pour seules témoins.
la rue commerçante d'Assalah
jeune bédouin conduisant ses chameaux
baignade dans la Mer Rouge
bâteau flottant dans le golfe d'Aqaba
fumage de la chicha dans un restaurant de bord de mer
les logements du Bedouin Camp
le portail du cimetière de la ville
la ville vue du sommet du Djebel Rubsha
le quartier des complexes hôteliers de luxe, à l'écart de la ville
coucher de soleil sur les montagnes alentours

Nous entamons notre pèlerinage vers l'intérieur du Sinaï, une terre aride et fragile, entre désert de sable et massif montagneux austère. Ainsi nous quittons enfin les autoroutes touristiques, la nature du terrain rendant les visiteurs plus timides. L'essentiel vient pour l'ascension du Sinaï et la visite du monastère Sainte-Cathe- rine. Nous avons décidé de rester presque cinq jours afin d'étendre notre explora- tion à d'autres djebels (sommets) et wadis (vallées). Le village bédouin d'Al Milga sera un camp de base idéal pour nos différentes excursions.

Nous avons quitté les étendues immenses de sable blanc, pareilles à des mers mouvan- tes jalonnées d'archipels de rochers monolithiques aux formes tourmentées par le vent. Des montagnes de plus en plus hautes, dépouillées de la moindre trace de végétation, se redressent maintenant de chaque côté de la route, arborant des formes fières et déchi- quetées. Posé dans un replat à l'ombre des hauts sommets, l'accueillant village bédouin d'Al Milga nous ouvre ses portes. Il appartient à la tribu des jabbaliya, littéralement hom- mes des montagnes, qui ont su profiter de l'intérêt croissant de leur terre par des visi- teurs étrangers pour leur offrir un panel de services appropriés. Règle numéro un : interdit de se promener dans la réserve de Sainte-Catherine sans être accompagné par un guide. Une mesure compréhensible sauf que, parmi les 200 à 300 bédouins jouant à l'accompa- gnateur en montagne, très peu ont les compétences et la motivation pour offrir une vé- ritable prestation de guide. Un problème qu'ont décidé de résoudre la bande à Joshua, propulsé dans le Sud Sinaï par une initiative de l'Union Européenne et à qui on a donné trente mois pour assurer le développement d'une structure de trekking telle qu'on la con- çoit. C'est lui qui va nous aider à mettre en place notre reportage dans les environs. Après les souvenirs encore frais de Louxor, le séjour à Al Milga nous offre la quiétude que nous recherchions depuis toujours. Les méthodes discrètes et le parler doux des bédouins tranchent avec le bagou grossier des marchands de rue de la vallée du Nil. Pour en dé- couvrir un peu plus sur cette région insolite, je vous invite à parcourir le site de Joshua, baptisé Sheikhsina.

Plus connu sous le nom de Mont Sinaï, le Mont Moïse - traduction littérale de son véritable nom Djebel Musa - n'est certes pas la plus haute montagne du pays mais certainement la plus emblématique. Dans cette région où se sont écrites les plus grandes pages de la Bible, cette montagne fait l'objet d'un culte très particulier. Ce n'est ni plus ni moins que l'endroit où Moïse aurait reçu de Dieu les Tables de la Loi, autrement dit les fameux Dix Commandements. Pas étonnant qu'un pèlerina- ge quotidien ait lieu sur le sentier en lacets menant jusqu'à son sommet. Nous sommes partis à 3h du matin, en pleine  nuit, pour nous y rendre.

La galaxie miroite de milliers d'étoiles lorsque nous entamons notre marche silencieuse vers le monastère. La police touristique nous intercepte juste avant le sentier. "désolé, il vous faut un guide, c'est obligatoire. Mais si vous voulez vous pouvez vous joindre au groupe qui va partir." En l'occurence une douzaine d'anglais qui démarrent à fond les ma- nettes sur les traces de leur guide bédouin, poursuivis par des loueurs de chameaux pres- sés d'en coller quelques uns sur le dos de leurs bestiaux. On les voit à peine dans le noir et je manque parfois de trébucher sur l'un d'eux qui pousse un cri alarmé dans la foulée. Un cortège de petites lumières s'aperçoit plus haut. Le sentier, progressif, conduit au pied d'une volée de 750 marches grossières menant jusqu'aux 2.285 mètres du sommet. Des bédouins ont installé des petites échoppes proposant à manger, à boire et aussi des cou- vertures pour échapper au vent mordant sévissant là-haut. Autour de nous, promeneurs, curieux et religieux s'installent en silence en tournant les yeux vers l'est. Quand le halo rougeoyant du soleil apparaît enfin, des chants joyeux et doux éclatent tout autour de nous. Nous prenons un grand bain d'émotion lors de cette cérémonie d'altitude improvisée. Très vite la lumière éclate sur les montagnes alentours, notamment sur le Djebel Katrina, point culminant de l'Egypte, révélant cette harmonie de formes et de couleurs qui ren- dent le Sinaï unique. Pour le retour, on choisit les 3000 marches de l'escalier du Repentir, taillées jadis par un moine pénitent et conduisant au monastère par un itinéraire insolite. Classé à l'Unesco, le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine est visité par les pèlerins depuis le IVème siècle.

Mimi de nuit dans l'ascension du Mont Moise
le lever de soleil tant attendu par les foules
lumières magiques du petit matin sur la montagne
le Djebel Katrina, point culminant d'Egypte
descente sur le monastère Sainte-Catherine
sur le chemin du Mont Katrina, avec en toile de fond, le Mont Moïse
la chapelle sommitale du Mont Katrina
Fahran dans la préparation du thé
fruits et verdures dans les wadis
Jardins isolés au coeur de l'aridité

Le Sud Sinaï est un vaste terrain de jeu pour le trekkeur à la recherche de nou- veaux horizons montagneux. Les possibilités de méharées sont multiples pour goûter à la fois au plaisir des sommets, du désert et du littoral. Ne disposant pas d'assez de temps pour en épuiser toutes les ressources, nous avons décidé d'o- rienter notre découverte autour du Mont Katrina, le plus haut d'Egypte, et des nombreux wadis l'entourant. Accompagnés de Joshua et de Fahran, notre guide bédouin, nous avons laissé les tongues à Al-Milga pour partir à la rencontre de ces montagnes d'ailleurs.

Dès huit heures du matin, les rayons du soleil dardent déjà férocement sur notre peau de plus en plus cuite. Cela fait vingt jours que nous n'avons pas vu un nuage. Pourtant le Sinaï fait partie de ces rares régions d'Egypte qui peut être touchée par les précipita- tions. On y voit même de la neige en hiver. Mais celui-ci est loin. Nous sommes en plein été et ça se sent. Nous trouvons refuge dans une ferme bédouine où l'on se régale d'un thé savoureux sous le regard intrigué de petits desmans des rochers avant de nous atta- quer à l'ascension proprement dite. L'environnement est d'une austérité à couper le souf- fle. Notre sentier s'élève en lacets en surplombant des ravines formées par des roches aux contours hallucinantes. Le Sinaï a des allures de bric-à-brac minéral. Des cannelures massives s'assemblent les unes aux autres comme dans un vaste jeu de Lego. Et nulle part n'entend-on couler de l'eau. Les sources existent pourtant, chacune distante de moins d'une journée de marche. C'est le vent des cîmes qui joue pour nous la carte de la fraîcheur, asséchant la sueur coulant sur nos visages. Le sommet du Katrina est en vue, surmonté d'une petite chapelle. Il offre un panorama spectaculaire sur les montagnes a- lentours et sur le désert tout proche. De ce promontoire, Joshua nous dessine les multi- ples possibilités de trek. Le jour suivant, je partirai seul sur les traces des vestiges d'un château ottoman, perché sur une épaule montagneuse. La conclusion d'un court séjour dans ces montagnes bibliques, tellement différentes de nos chaînes alpines, et dans les- quelles j'espère pouvoir revenir un jour plus longuement. Il est désormais temps pour Emilie et moi de rentrer en France.
 
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