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Le port de Puno
Douby dominant la ville
Jour de fête pour les institutions locales
Le vol du grand condor
Les chullpas de Cutimbo

A 3.830 mètres d'altitude, Puno est la ville la plus importante du Lac Titicaca, le fleuve navigable le plus haut du monde. C'est aussi et surtout le point de passage obligé pour les touristes désirant visiter les Iles Uros et Taquile, fleurons du folklo- re national. Découragés par le côté artificiel d'une tradition ayant succombé aux sirènes de l'économie, nous avons opté pour une découverte moins habituelle de la ville et de ses environs. Puno ne laisse pas un souvenir impérissable dans les mémoires bien qu'elle soit qualifiée de capitale de la fête par ses habitants qui s'y vantent de pratiquer plus de 300 danses différentes. Pour nous, ce sera simple- ment une transition en douceur vers la Bolivie toute proche.

J'avais un contact sur Puno, établi par le biais de CouchSurfing. Malheureusement il était absent lors de notre passage et il a été nécessaire de tout reconsidérer. Nous hésitons encore sur le nombre de jours à passer ici. Les rives du lac Titicaca nous semblent rem- plies de la promesse de bien des merveilles. Au même titre que Macchu Picchu, le seul nom de ce célèbre lac évoque des images féeriques dans l'esprit. La réalité nous est ap- parue pourtant bien décevante, dévorée par le tourisme depuis bien des années. De ce tourisme pervers qui unit l'autochtone au visiteur par des liens vicieux où le pouvoir d'a- chat du second définit le comportement du premier. A la limite de l'outrage parfois. Alors oui c'est somptueux mais ça sonne terriblement faux. Sur une carte postale des îles Uros, posé devant un péruvien en costume traditionnel agenouillé devant de l'artisanat, quelle n'est pas notre surprise de découvrir, presque imperceptible, un sac Intermarché ! Du coup on préfère se balader en moto-taxi pour découvrir la ville qu'on finit par dominer ju- chés sur le mirador du Grand Condor. Les environs de Puno abritent quelques sites remar- quables où on peut admirer des chullpas, ces grandes tours funéraires dressées en hom- mage à des personnages importants. Sillustani est l'un de ceux-ci. On lui préfère Cutimbo, posé sur une mesa volcanique et délaissé par le tourisme. On l'atteint après trente minu- tes de combi. Balayé par les vents et isolé, Cutimbo nous éblouit par sa quiétude et par ses monuments à l'architecture incroyable. La bonne surprise de cette journée au bord du lac Titicaca. (ci-dessous, panoramique pris au sommet de Cutimbo)
 
Il fallait bien se décider à visiter une île sur le lac Titicaca. Après mûre réflexion, on décide de s'acheminer vers la Bolivie et, au passage, de visiter l'Ile du Soleil au départ de Copacabana. Tout y semble un peu plus authentique qu'à Puno, le calme en bonus. Je ne trouve cependant toujours pas ce que je suis venu chercher près du lac. Autrement dit ce contact vrai avec la population, cet éloignement d'avec des wagons de touristes, ce coin sauvage et perdu qui se mérite. L'une des plus grosses déceptions de ce voyage en définitive.

"Plata, plata". Je viens enfin de comprendre ce qu'articulent difficilement ces enfants sortant de leur maison. Ils me réclament de l'argent sans même sourire. Pour un peu je les confondrai avec des braqueurs en culottes courtes. Plus avant c'était une gamine prête à poser pour une photo contre un peu d'argent. Une sorte de prostitution consentie et plus légère. Tout ça me dérange, me met mal à l'aise et, finalement, m'empêche de me sentir bien et de profiter de l'endroit. Nous sommes alors sur l'Isla del Sol où nous projetons de passer la nuit sous tente. Mais, au final, nous sprinterons pour ne pas rater le dernier bâ- teau rentrant à Copacabana. Non, décidément, je n'ai vraiment pas accroché. Je me dis que, d'ici quelques années, la terre natale de Manco Capac, le premier Inca, aura défini- tivement vendu son âme au tourisme. Tandis que nous flottons sur le lac, je me laisse bercer par les rythmes musicaux des travellers chiliens qui ont embarqué avec nous tout en m'interrogeant sur la nécessité d'une certaine éthique touristique. Copacabana est pour sa part une bourgade agréable et paresseuse se développant année après année pour s'adapter à un tourisme galopant. Où sont donc les îles préservées ? Existent-elles encore ? S'agit-il d'Amantani ou bien d'Anapia ? En existe-t-il d'autres délaissées par les agences de voyage ? J'ai la sensation de passer à côté de quelque chose. Nous noyons notre déception dans un superbe coucher de soleil au sommet du Cerro Calvario avant de redescendre savourer les meilleures truites de toute l'Amérique du Sud accompagnées d'un sirupeux vin rouge chilien. Au plaisir des yeux, nous avons finalement décidé de préférer celui du palais ! (ci-dessous, panoramique du port de Copacabana)
La jetée du petit port de Copa
Juste après le passage de la frontière
La superbe cathédrale de la ville
Sur l'Isla del Sol
Douby à la plage
 
La Paz : la mégalopole la plus haute du monde
Dégustation de saltenas avec Carla
Promenade dans la Vallée de la Lune
Les nuits folles de La Paz
Nos lendemains qui déchantent

Avec pas loin de six millions d'habitants, La Paz marche sur les traces de Lima en terme de population. Gigantesque foutoir démarrant à 3.000 mètres pour finir à plus de 4.000, la capitale bolivienne surprend par sa nature hybride. Nous y som- mes royalement accueillis par Carla, une jeune étudiante en tourisme, qui nous servira de guide diurne et nocturne. Nous ferons des rencontres surprenantes et finirons par nous sentir très à l'aise dans cet univers urbain que plusieurs guides qualifient pourtant de peu sûr. Voici de quoi les faire mentir.

Carla nous a donné rendez-vous à l'hôtel Provenzal qui appartient ni plus ni moins à sa mère ! Cette dernière nous accueille à bras ouverts, témoignant d'une hospitalité géné- reuse et ce d'autant plus lorsqu'elle apprend que Guillaume vit en Provence, ce petit coin de France qui la fait rêver depuis tant d'années. Au point d'en donner le nom à son éta- blissement. En plein centre de La Paz, nous sommes idéalement placés pour nous livrer à une exploration en règle. Mais la raideur légendaire des rues finit par freiner nos ardeurs et nous passons plus de temps à chauffer au soleil sur le parvis de l'Eglise San Fransisco qu'à suer dans les artères de la capitale. C'est là que nous retrouvons par hasard Loïc et Lisa ! C'est également là que nous lions connaissance avec la bande à Felix, autrement dit toute une fine équipe de cireurs de chaussures ayant élu domicile ici. De quoi recruter du renfort pour partir à la découverte de la vie nocturne de cette grande cité. Carla n'oublie pas de nous présenter toutes ses copines : autant dire que la tournée des discothèques s'annonçait caliente ! Entre deux tranches de nature et d'aventure, La Paz survient com- me une occasion rêvée pour faire la fête avec un grand F. Socialement parlant, c'est aussi une expérience excitante de découvrir comment les habitants d'ici s'amusent. Nous en profitons jusqu'à plus soif, nous promenant de jour comme de nuit dans des lieux où nous croisons peu, voire pas du tout, de touristes. Excepté à la Vallée de la Lune, un site incroyable rappelant le relief des cavités souterraines mais ici exposé à l'air libre. Un dédale curieux à quelques encablûres de la ville. Nous prenons très vite nos marques dans cette grande ville. La quitter nous coûtera un pincement au coeur. (ci-dessous, une vue de la Vallée de la Lune)
 

10.000 kilomètres carrés de sel. C'est, à quelques centaines de mètres carrés près, la superficie à peine croyable du Salar d'Uyuni, le plus grand désert de sel du monde. Uyuni, c'est également le nom de la ville où les agences de voyages ont poussé comme par magie. A côté d'une grande caserne militaire qui a pu jadis justifier l'édification de cette ville au milieu de nulle part, hôtels et restaurants accueillent des flots de touristes venus visiter cet endroit unique. Une autre pla- nète qu'on a finalement décidé de visiter.

"Allez à Uyuni, c'est super et vous ne le regretterez pas". Voilà ce qu'on a passé notre temps à entendre depuis Nasca de la bouche de chaque voyageur revenant de Bolivie. Même Edgardo nous l'a chaudement recommandé. Forcément ça a fini par nous titiller. Le problème venait davantage du timing que d'autre chose. Privilégier le salar, c'était prendre le risque de ne pas disposer d'assez de temps dans le futur pour visiter le nord du Pérou, notamment la jungle. Un risque qu'on a choisi de courir et qu'on n'a en aucun cas regret- té. La route est pourtant encore longue de La Paz au désert. Le bus nous débarque avec Loïc et Lisa - encore là ! - alors que le soleil n'est pas levé. La réputation de froid du lieu n'est pas usurpée : on gèle sur place ! Les premières jeeps ne partent qu'à dix heures, ce qui laisse le temps de s'organiser. On opte pour une formule de quatre jours qui va nous éviter de trop nous presser. Le salar s'atteint en quelques heures et, aussitôt, c'est le choc, l'étourdissante sensation d'être un naufragé au milieu d'un immense océan blanc. Je marche sur une épaisse croûte de sel s'étirant à perte de vue. Seules de rares îles ro- cheuses et hérissées de cactus massifs cassent le relief définitivement plat de cet hori- zon aveuglant où la vision humaine doit déjouer les pièges des mirages. Dans un lointain un peu flou, la silhouette indistincte de volcans annonce le Sud Lipez. Le salar d'Uyuni c'est une autre planète. Le sel y est la principale matière première qui se transforme en briques destinées à la construction des maisons. Nous passerons ainsi notre première nuit dans un hôtel de sel : murs, tables, lits... L'ambiance qui y règne est proprement hallucinante. Je suis ravi. (ci-dessous, panoramique de l'île du Pêcheur)

Le cimetière de train abandonné d'Uyuni
Au coeur d'une immensité blanche
Les cactus de l'île du Pêcheur
La jeep, notre navire dans un océan de sel
Coucher de soleil sur le Salar
 
Lagunes, volcans, flamants : le paysage classique du Sud Lipez
L'Arbre de Pierre poussant au milieu du désert
Lever de soleil sur les cratères des geysers
Douby et Lisa devant la fabuleuse Laguna Verde
Loïc flotte sur les eaux

Feu d'artifice de couleurs, espaces démesurés, reliefs tout droit sortis d'un ta- bleau... Le Sud Lipez est ahurissant de diversité. La variété dans l'immensité. Plus que nulle part ailleurs nous nous sommes sentis infiniment petits au beau milieu de ces kilomètres carrés de désert où les distances se mesurent en heures de conduite. Dans ce qu'on pourrait prendre trop facilement pour un énorme néant se cachent des trésors dont la beauté simple et sauvage assome par sa dimension infinie. Après le choc du Salar, ces trois nouvelles journées d'excursion nous en ont à nouveau mis plein les mirettes.

Marin, notre chauffeur, est venu nous réveiller tôt ce matin. Si on veut assister au lever du soleil, il va falloir sortir de nos sacs de couchage en vitesse. Les nuits sont plutôt froi- des par ici et on aurait bien fainéanter un peu plus. Mais visiblement le spectacle en vaut la chandelle. A condition de se dépêcher. Tous les conducteurs sont sur le pied de guer- re. Ils veulent arriver les premiers pour contenter leurs clients. Mais on ne le fait pas à Marin. Voilà déjà trois jours qu'ils nous trimballent à travers le désert, usant de repères invisibles pour nous, s'orientant sans difficulté après des années passées à le sillonner. Notre jeep est une des plus puissantes et atteindre la tête du peloton sera une formalité. Ce troisième jour est une apothéose. Des fumerolles s'échappent d'une vingtaine de bassins où bouillonne la croûte terrestre. Illuminée par le levant, la zone devient surna- turelle lorsque le vent se met à disperser la fumée. La veille nous avons navigué entre monolithes de pierre artistiques et lagunes peuplées de flamants roses. Le décor se modi- fie par petites touches, chaque fois renversant de beauté. La Laguna Verde, splendide, nous rendra tous muets d'admiration. Ces journées passées dans le silence, la quiétude et la perfection d'un paysage d'exception sont venues me rappeler à quel point j'aimais cette terre qui nous porte et comment elle me rendait heureux. De se tenir simplement là, dans le calme froid et limpide d'un petit matin, à observer une colonie d'oiseaux s'éveillant sous la chaleur du soleil, tenait je crois du bonheur même. Le Sud Lipez, c'est une immersion dans une nature préservée qui nous rappelle où est l'essentiel dans une vie. (ci-dessous, panoramique d'un paysage du Sud Lipez)
 

Cusco, 322.000 habitants. C'est le nerf de la guerre de l'activité touristique natio- nale, la plaque tournante pour des excursions à destination des sites phares du pays, le point de passage incontournable pour tout visiteur foulant le sol péruvien. Au milieu des montagnes, Cusco est tout simplement magnifique, propre et aéré. Des siècles plus tard, l'influence inca défie l'éternité et façonne l'architecture de la ville, se mêlant aux quartiers populaires et aux infrastructures plus modernes. On y croise du gringo plus que n'importe où ailleurs. Mais on s'y sent aussi diablement bien.

J'arrive à Cusco malade et fébrile. Mes premiers jours dans la capitale de l'empire Inca ne sont pas mémorables. Je me soulage à grand renfort de feuilles de coca infusées. Sur les conseils de Manu, un français rencontré dans le bus, nous nous sommes installés dans un nouvel hospedaje qui va rapidement devenir comme une petite maison. En partie grâce à la personnalité et à la gentillesse de Carlos, un ancien avocat qui a pris une année sab- batique pour aider sa femme, Ija, à tenir l'établissement. "Francia!", s'exclame Carlos cha- que fois qu'il nous voit rentrer d'excursion. Et de nous gratifier d'une accolade fraternelle, un abrazo comme on dit ici. Cusco est aussi une ville à la vie nocturne mouvementée. Les discothèques sont alignées les unes à côté des autres sur la Plaza de Armas et nous les visiterons consciencieusement. Nous faisons également la connaissance de Paolo par le biais, une fois de plus, de CouchSurfing. Comme nous, il est passionné de musique élec- tronique et, grâce à lui, nous pourrons découvrir l'univers péruvien des free-partys lors d'une grande fête nocturne donnée dans les bois juste au-dessus de la ville illuminée. Magnifique. Nous mettons aussi un point d'honneur à constater comme le touriste est confiné dans un secteur bien délimité. Passées quelques cuadras et c'est de nouveau le Pérou tel que nous le connaissons : les belles rues pavées s'effacent pour laisser la place à des allées étroites et défraichies, les petites tiendas réapparaissent et le gringo devient invisible. Qu'à cela ne tienne, c'est beaucoup ce Pérou là que nous aimons ! Il n'en reste pas moins que Cusco distille une atmosphère enthousiaste et agréable où la tradition de- meure sauve et vivace. A ne pas manquer. (ci-dessous, vue globale de la ville)

Avec Paolo, un CouchSurfer local
Le site de Qorikancha, en plein centre ville
Avec Manu sur la Plaza de Armas
Avec Carlos et Mateo, à l'hospedaje Samana Pata
Dans les rues de la ville

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