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Douby se met aux couleurs locales
En compagnie de Claudio, notre muletier
Un aperçu nuageux des splendides montagnes de cette région
Réveil sous la neige avec les lamas
Ice-flutes sur les raides pentes de sommets de plus de 6.000m

A 6.384 mètres d'altitude, l'Ausangate est vénéré ici comme une montagne sa- crée habitée par l'Apu, l'esprit de la montagne. Une fois l'an, les habitants des val- lées alentours effectuent un pèlerinage jusqu'à la limite des glaciers afin d'en ra- mener un morceau qui servira ensuite d'eau bénite. C'est en ce lieu à la fois beau et hostile que nous avons décidé d'effectuer un trek de plusieurs jours afin d'ef- fectuer le tour de ce sommet mythique. Passionnés de montagne, c'était aussi une bonne occasion de profiter de la région de Cusco différemment.

Le point de départ de cette randonnée est le village de Tinqui. En temps normal c'est un paisible hameau où la vie traîne un peu en longueur. Pourtant lorsque nous y débarquons, nous le trouvons en pleine effervescence : des centaines d'ouvriers s'y activent, employés sur le titanesque chantier de la Transoceanico, cette longue route qui reliera les deux océans entre le Brésil et le Pérou. Du coup, trouver un logement tient soudainement de l'exploit. Nous mettons la main sur Claudio, notre arriero, beaucoup plus facilement. La météo est loin de s'annoncer clémente. Des wagons de nuages gris s'amassent dans le ciel, s'agglomérant autour de l'Ausangate qui disparaît à notre vue. Les trois premiers jours sont ainsi marqués par une météo capricieuse où le vent, la pluie et la neige tien- nent les premiers rôles. De timides éclaircies nous autorisent parfois à découvrir partielle- ment un mince extrait de ce qui paraît être un paysage spectaculaire. Tout au long de notre route, passée à monter et descendre par des cols juchés à plus de 5.000 mètres, nous croisons des groupes isolés de paysans menant leurs troupeaux de lamas à l'estive pendant plusieurs mois. Le dernier jour, quelle n'est pas notre surprise de trouver devant la tente un grand manteau blanc et un exceptionnel azur au-dessus de nos têtes. La montagne nous fête enfin, nous autorisant à jouir de belvédères grandioses sur des gla- ciers suspendus défiant la verticale de part et d'autre d'arêtes rocheuses à peine plus épaisses qu'une feuille de papier. Je n'ai jamais vu de montagnes comme celle-là. Nul dou- te qu'un esprit divin flotte en ces hauts lieux dont je ressens intensément le caractère sacré. (ci-dessous, un panoramique des montagnes bordant l'Ausangate)
 
Macchu Picchu. Un nom légendaire qui a fait le tour du monde depuis la découver- te de cette cité inca par Hiram Bingham en 1911. Aujourd'hui elle occupe la pre- mière place au hit-parade des nouvelles merveilles du monde. On se presse des quatre coins de la planète pour venir admirer les ruines parfaitement conservées de ce site dont quasiment tout le monde connaît l'allure après l'avoir vu en photo dans un reportage. Affreusement touristique, menacé par son propre succès, Mac- chu Picchu n'en réserve pas moins une claque magistrale à quiconque franchit le seuil de ses portes.

C'est un vieux rêve de gosse que je réalise enfin. Je connais le nom de Macchu Picchu depuis plus de vingt ans et je m'étais juré d'aller le voir de mes propres yeux un jour. C'est maintenant chose faite. Rien n'était pourtant gagné. Cherchant par tous les moyens à éviter de donner notre argent à PeruRail, la société chilienne détenant le monopole sur l'accès ferroviaire à Agua Calientes, on opte pour un long itinéraire alternatif qui nous a- mène en bus dans le bourg à l'atmosphère tropicale de Santa Maria. De là, un combi nous transporte par une piste de jungle jusqu'à l'usine hydro-électrique située sur l'Urubamba. C'est le terminus de la voie ferrée venant de Cusco. Nous allons la remonter à contre-sens jusqu'à Agua Calientes, bravant les bruits et la vie nocturne d'une jungle montagneuse où, nous dit-on, se cachent des serpents. Vous m'en direz tant ! Le lende- main, des nuages épais distillent une pluie chaude sur les montagnes. Notre première ten- tative d'atteindre Macchu Picchu tombe à l'eau. L'assaut est reporté au lendemain. La tendance est au mieux, on fonce. La journée s'annonce idéale. Nous arrivons dans les premiers devant l'entrée. Il est à peine 5h30. Une pole position qui nous permet de jaillir dans le site au moment où les premiers rayons du soleil frappent le Wayna Picchu. La lu- mière est somptueuse, le site grandiose : je suis aux anges. Une aura de magie va planer sur cette journée au coeur du plus précieux trésor du Pérou. Perchés au sommet du Way- na Picchu, nous embrassons la cité toute entière. Ambiance vertigineuse. A la mi-journée, le site est envahi autant par des caravanes de visiteurs que par les nuages. Qu'importe, on en a profité avant le rush ! Quel souvenir ! (ci-dessous, une vue de la cité)
La vue classique mais tellement extraordinaire
Vue de la cité à partir du Wayna Picchu
L'itinéraire alternatif par la voie de chemin de fer
Avec Richard et Nathalie
Les escaliers éreintants menant à l'entrée du site
 
Ulise en action sur le rocher du San Andres
Vue du sommet
Douby dans les dalles défendant le sommet
Un itinéraire entre neige et rocher
Départ et arrivée au col de Ticlio

Nous avions demandé à Ulise, notre ami de Lima, fin connaisseur des montagnes environnantes, de nous amener dans un lieu peu fréquenté par le tourisme tra- ditionnel. Après mûre réflexion, et considérant le temps dont nous disposions, il nous proposa une excursion au col de Ticlio, plus haut passage ferroviaire au mon- de, afin de tenter l'ascension du San Andres, une montagne à la forme impression- nante qui culmine à 5.259 mètres d'altitude. Vendu !

Ce qui m'inquiétait surtout ce jour-là, c'était la météo. En montagne plus que n'importe où ailleurs, disposer d'un temps clément est presque une nécessité. Rejoindre Ticlio n'est pas la partie la plus facile de notre périple. Partir du niveau de la mer pour arriver presque à celui du Mont-Blanc réclame de l'énergie, de la patience et pas mal de savoir-faire pour jongler entre taxis et combis. Une fois lâchés sur la goudron, nous le fuyons à toute jam- be pour commencer à grimper dans un amas de pierres couleur rouille et de boue collant à la semelle de nos chaussures. Il a beaucoup plu les jours précédents et la nature en porte encore les traces. Acclimatés à marcher en altitude depuis maintenant plusieurs semaines nous volons presque littéralement avec Guillaume. C'est beaucoup plus difficile pour notre ami Ulise qui, bien qu'étant le régional de l'étape, éprouve bien des difficultés à ventiler après plus d'un mois d'abstinence sportive. La partie la plus coriace se situe au-delà d'un verrou glaciaire, lorsque se redresse face à nous une longue pente de caillasse enneigée. Je la contourne par quelques ressauts rocheux scabreux pendant que Guillaume et Uli s'é- poumonnent dans l'obstacle. Le sommet est encore défendu par deux cent mètres de bar- res rocheuses dans lesquelles il va falloir se frayer un chemin au gré de notre inspiration. Autour de nous le paysage se dévoile peu à peu. Notamment vers le nord où la couleur sanguine d'une roche ferrugineuse a cédé sa place à de riants plateaux verdoyants déli- mités par les hauts pics de la Cordillère Blanche naissante. L'air frais de l'altitude nous fouette le visage lorsque nous atteignons enfin le ressaut sommital, une sorte de large cône basculant de l'autre côté sur un abime vertigineux. Je m'y perche à califourchon en guise de victoire. C'est gagné ! (ci-dessous, panorama du sommet)
 

Le Santa Cruz est considéré comme le trek le plus facile de la Cordillère Blanche. Enfin, disons qu'il l'est lorsqu'il est effectué avec des mules, un guide qui fait la cuisine et qui monte les tentes, des étapes de 4 heures et un petit sac de cinq ki- los dans le dos. En indépendant, ça réclame immédiatement plus d'efforts. Surtout si, comme nous, vous décidez en plus d'aller jeter un oeil aux énormes glaciers dévalant en-dessous de l'Alpamayo. Et, pour clôturer le tout, vous vous rajoutez un bon gros mauvais temps et des étapes marathon. Tout de suite, alors, le Santa Cruz devient plus physique !

Initialement, il était convenu de se rendre dans la cordillière Huayhuash, qualitifée de plus sauvage. D'ailleurs sauvage elle l'est tellement que des agressions à l'encontre de touris- tes sont rapportées fréquemment. Même Ulise nous déconseille de nous y rendre, à moins d'être en groupe constitué. Du coup on se rabat sur ce fameux Santa Cruz en se disant qu'on va se rajouter la variante vers le camp de base de l'Alpamayo. Considéré à juste titre comme l'une des plus belles montagnes du monde, cela devenait un objectif autre- ment plus viable que cette seule marche bête et méchante entre un point A et B. Il faut reconnaître que l'essentiel de ce trek n'est pas aussi extradordinaire que ça. Les versants des montagnes obstruent souvent la vue vers les sommets plus hauts et plus prestigieux. Jusqu'à arriver en-dessous de la Punta Union, ce col perché à 4.750m, véritable enfer pour les marcheurs non-acclimatés, qui délivre des panoramas renversants sur quelques uns des sommets-phares de la Cordillère Blanche. Immédiatement, on change de monde. Nous aurons eu la chance, Guillaume et moi, de bénéficier d'une éclaircie de moins d'une heure au moment où nous passions le col. Le reste du temps se sera souvent passé les mains dans les poches et la tête sous la capuche, harcelés nuit et jour par le froid et les gouttes. Quand ce n'était pas par la neige. A quelques mètres seulement des premiers sé- racs de la face sud de l'Alpamayo, au terme de l'ascension éprouvante de la moraine dé- gringolant sous les sommets, nous posons un bivouac mémorable à plus de 5.000m. Plus galériens que randonneurs, nous bouclons ce trek lors d'une étape marathon de plus de vingt bornes passée sous la pluie. Epique ! (ci-dessous, vue de la Punta Union)

Les grands espaces de la Qebrada Santa Cruz
En-dessous de l'Alpamayo
La face sud du Pucrapucraraju
Le Taulliraju se dégage enfin
Nouvelle averse de grêle sur notre bivouac
 
Au bord de l'océan Pacifique
Douby surfant la vague à Huanchaco
Les caballitos de totora, l'embarcation traditionelle locale
L'oasis du Katuwira Lodge
Avec Mario et l'équipe du Katuwira

Changement de décor ! On passe de la montagne à la mer, des glaciers à la plage et de la veste thermique au bermuda ! La côte nord du Pérou est le terminus de notre voyage. Nous manquons de temps pour explorer les jungles mystérieux s'é- tendant vers l'est. Aussi décidons-nous de jouer la carte de la farniente en explo- rant quelques unes des plages du Pacifique. Las du tourisme préfabriqué, nous a- bandonnons l'option de Mancora et jetons notre dévolu sur Huanchaco et, surtout, sur Pimentel où nous découvrons un lieu étonnant et attachant : Katuwira.

C'est à peine si nous voyons Trujillo. C'est pourtant là que le bus nous a débarqué ce ma- tin. Nous mettons cependant tout de suite le cap vers Huanchaco, une petite station balnéaire à une dizaine de minutes en combi de la ville. A quelques jours du départ, et conscients que nous ne pouvons plus nous aventurer dans de longues expéditions, notre humeur est devenue paresseuse. Bercés par le bruit du ressac et saoûlés par le vent du large, nous avons décidé de nous la couler douce. Nous restons à Huanchaco un jour et demi, le temps pour Guillaume de retrouver les sensations de la glisse sur un surf. Il nous manque cependant quelque chose ici : une véritable ambiance. Alors nous prenons une dernière fois le bus, direction Pimentel, plus au nord, à quelques encâblures de la ville de Chiclayo. On nous y a parlé d'un village en bambou perdu au milieu du sable de la plage. Il existe vraiment : c'est Katuwira, un endroit pas comme les autres, jailli du néant des mains de Mario, personnage au coeur énorme qui s'est créé son monde après un labeur de près de cinq ans. Sa devise, vivre libre et heureux, nous séduit dans la seconde. Loin de jouer les ermites, Mario accueille les voyageurs dans son havre de paix. Cuisinier hors pair, il nous mitonne quatre jours durant des plats savoureux. Sa bonne humeur conta- gieuse nous fait vite nous sentir en famille à Katuwira. On ne pouvait rêver mieux pour cloturer en beauté ce voyage extraordinaire. Je regrette de ne pas pouvoir y passer da- vantage de temps. Mario était mon passeport pour des aventures humaines et spirituelles au coeur de la jungle. Je promets de revenir. D'autant que la plage est un terrain idéal pour des soirées musicales endiablées. Tout ça nous aura en tout cas donné bien des idées ! (ci-dessous, vue d'ensemble du Katuwira)
 
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